Les Heures souterraines - Delphine de Vigan

Les Heures souterraines

5 étoiles
L'histoire
Mathilde, cadre anciennement dynamique ne sait comment réagir face au harcèlement moral de son patron. Thibault, médecin, a enfin réussi à quitter une femme qui ne l'aimait pas mais ne sait comment continuer sans elle... Deux destins d'écorchés vifs, deux âmes en peine cheminant au cœur d'un Paris fourmilière, gris et sans pitié.

Mon avis
Désespérément triste, Les heures souterraines parle avec des mots simples et une prose fluide de deux êtres qui perdent pied, qui se noient dans leur quotidien.
Delphine de Vigan nous offre un récit minutieux de ce qui fait le quotidien de Mathilde et Thibault ce qui nous permet de nous immiscer dans leur psychologie, de comprendre leur immobilisme face à leur détresse. Immobilisme et détresse que l'on se contenterait d'ignorer ou pire de condamner en temps normal, sans cette mise en situation.
En plus des deux personnages principaux, l'auteure met en avant deux univers qui finissent par être aussi importants que les protagonistes eux-mêmes : le Paris souterrain (celui du métro bondé et des lumières blafardes) et le monde de l'entreprise (celui du harcèlement moral et des bassesses quotidiennes).
Il est d'ailleurs rare que le monde de l'entreprise soit un sujet de roman, sans doute parce qu'il ne fait pas rêver, mais Delphine de Vigan parvient à trouver les mots justes pour décrire une machine à broyer, un univers hermétique et cynique. Le personnage de Mathilde, anéantie par les reproches insidieux d'un patron manipulateur est à mon sens particulièrement réussi.
Au plus près du réel de milliers de personnes, ce roman vous enferme plus qu'il ne vous évade mais Delphine de Vigan a assez de talent pour que jamais l'on ne lâche le livre sauf peut-être pour prendre une bouffée d'air frais. L'auteure décrit les choses du quotidien avec une justesse peu commune : ces 'heures souterraines' qui nous échappent, ces êtres qui nous trahissent, cet espoir qui nous quitte, ces questions qui nous taraudent, toutes ces choses qui ne se partagent pas.
J'ai beaucoup aimé ce roman psychologique malgré son atmosphère pesante et ses quelques longueurs et j'ai attendu impatiemment la fin (que je ne dévoilerai pas) pour savoir, si ces deux êtres se rencontreraient enfin, si Delphine de Vigan choisirait la lumière au bout du tunnel ou la porte close pour ses héros.

Notes
Ce billet est une lecture commune initiée par Anne et suivie par Reveline, Valou , Sharon , Pyrausta, Fafa, George, Mélo, Anis et Pascale.

Citations
De près, il n'est qu'un Playmobil encastré dans sa voiture, les mains accrochées au volant, un petit être en plastique qui a perdu son rêve.


Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l'édifice, entament la forteresse, un mot de plus et Mathilde pourrait se mettre à pleurer.


Emporté par le flot dense et désordonné, il a pensé que la ville toujours imposerait sa cadence, son empressement et ses heures d'affluence, qu'elle continuerait d'ignorer ces millions de trajectoires solitaires, à l'intersection desquelles il n'y a rien, rien d'autre que le vide ou bien une étincelle, aussitôt dissipée.


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